LE FILM DE LA SEMAINE


DISCLOSURE DAY

Spielberg vire au complotisme

Présentatrice météo dans une chaîne de télé de Kansas City, Margaret Fairchild (Emily Blunt) a, à son insu, des dons extra-terrestres (©UPI).
Présentatrice météo dans une chaîne de télé de Kansas City, Margaret Fairchild (Emily Blunt) a, à son insu, des dons extra-terrestres (©UPI).

On nous cache tout, on ne nous dit rien. Les aliens existent mais ceux qui en ont les preuves les gardent secrètes. C'est le message de Steven Spielberg dans son nouveau film DISCLOSURE DAY (ce mercredi 10 juin sur les écrans), une histoire d'extra-terrestres aux relents de complotisme et de conspirationnisme.

Au début, c'est compliqué et on n'y comprend pas grand-chose. Daniel Kellner (Josh O'Connor) est en fuite avec sa petite amie Jane, pourchassé par les hommes de Noah Scanlon (Colin Firth), chef de la Wardex, une agence paragouvernementale militaro-industrielle à laquelle il appartenait mais dont il a volé des documents secrets.

Pendant ce temps, Margaret Fairchild (Emily Blunt), présentatrice météo d'une chaîne de télé de Kansas City, reçoit au petit-déjeuner la visite d'un petit oiseau et, à son insu, dit quelques phrases en russe. Puis, arrivée à son travail, parle un peu coréen avant de bafouiller en direct à l'antenne et d'être évacuée pour passer une IRM.

Richard Nixon et son alien

Au bout d'une demi-heure de film, Daniel explique enfin à Jane (et au spectateur) ce qu'il se passe: il a volé à la Wardex des dizaines de bandes vidéo prouvant, depuis presque huit décennies, l'existence d'extra-terrestres sur notre planète. Il lui montre notamment une bande de 1973 avec le président Richard Nixon tout fier d'avoir capturé un alien.

Chacun de son côté puis ensemble, Daniel et Margaret –qui, elle aussi, a pris la fuite– se mettent en tête de rendre publiques ces preuves tenues secrètes. Les hommes de la Wardex, sous la houlette de Scanlon, vont tout faire pour les en empêcher…

Sujet de prédilection

Pour son 37e long-métrage (après son remake de WEST SIDE STORY en 2021 et son autobiopic THE FABELMANS en 2022), Steven Spielberg, 79 ans, revient à son sujet de prédilection: les extra-terrestres. "Je crois davantage aujourd'hui qu'à l'époque de RENCONTRES DU TROISIÈME TYPE [1977] que nous ne sommes pas la seule civilisation intelligente dans l'univers", dit-il dans la bande-annonce.

Et d'ajouter: "Le jour où tout sera vraiment révélé, nous devrons accepter que nous n'avons jamais été seuls. (…) Avant, je me disais: ce serait merveilleux si tout cela était vrai. Maintenant je pense: ce serait merveilleux que les gens sachent que tout cela est vrai".

Affaire Roswell

"Nous avons le droit de savoir", dit également une des affiches du film. Tous les complotistes et conspirationnistes du monde entier qui pullulent sur les réseaux sociaux vont donc se réjouir de voir l'un des plus grands cinéastes actuels se ranger de leur côté, en évoquant notamment en fin de film –parmi tant d'autres– l'affaire Roswell, ce crash d'un objet non identifié aux États-Unis près de Roswell (Nouveau-Mexique) en juillet 1947.

Tout cela dans un contexte de tension internationale nucléaire avec la Corée du Nord (dans son film) et de volonté de l'administration Trump de déclassifier des dossiers sur les ovnis (dans la réalité).

Canevas minimaliste

Le scénario de ce DISCLOSURE DAY n'est donc pas très compliqué: un renégat des services secrets et une présentatrice météo dotée de pouvoirs surnaturels sont poursuivis par une organisation paragouvernementale qui veut les faire taire; ils leur échappent pendant deux heures et demie; ils tentent de révéler au monde la Vérité.

Sur ce canevas minimaliste, le génial réalisateur des DENTS DE LA MER, JURASSIC PARK, LA LISTE DE SCHINDLER et autres INDIANA JONES montre comme toujours son sens aigu de la réalisation et son habileté à rendre efficaces chaque image, chaque scène, chaque rebondissement: il y a, au début du film, une poursuite automobile à l'issue assez peu crédible mais remarquablement filmée et, plus spectaculaire, une voiture traînée par un train de marchandises, séquence tout aussi invraisemblable mais à couper le souffle (du vrai James Bond).

Plein la vue

Il y a aussi, pour en mettre plein la vue au spectateur chaque fois que la Wardex occupe l'écran, toute une batterie de machines électroniques, babioles high tech, appareils à intelligence artificielle, murs d'écrans –sans oublier la noria de limousines et vans noirs de l'organisation secrète (du vrai James Bond, encore).

Dieu, la maladie de Parkinson, l'enfance, les parents, les souvenirs, le deuil: cette histoire d'extra-terrestres est aussi l'occasion pour Spielberg de réflexions sur des sujets qui lui tiennent à cœur.

Bons sentiments et complotisme

Mais cela ne lui évite pas une fin à la limite du ridicule, entre bons sentiments (en trois couches: les militaro-industriels sont méchants; les animaux sont gentils; l'humanité devrait s'unir au lieu de se déchirer) et réaffirmation complotiste: DISCLOSURE DAY est, dit-il, "un film sur la désinformation et la difficulté de déterminer la vérité dans un monde et une culture où les puissants brouillent les pistes entre faits et fiction, entre le vrai et le faux, dans le seul but de protéger et servir leurs intérêts propres".

Des chefs d'œuvre de Spielberg avec des aliens dedans –et un peu d'humour, ici grand absent? Revoyez plutôt RENCONTRES DU TROISIÈME TYPE et surtout E.T. L'EXTRATERRESTRE.

[Et une nouvelle preuve de complotisme? Les trois acteurs principaux de ce DISCLOSURE DAY (Emily Blunt, Josh O'Connor, Colin Firth) ne sont pas américains mais britanniques. Vous ne trouvez pas cela bizarre, vous?...]

Jean-Michel Comte

 

LA PHRASE

"N'ayez pas peur de l'inconnu" (message de Margaret, à plusieurs reprises).

 

DISCLOSURE DAY

(États-Unis, 2h25)

Réalisation: Steven Spielberg

Avec Emily Blunt, Josh O'Connor, Colin Firth

(Sortie le 10 juin 2026)


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